Chapitre 1 : Situation dans le monde

Entretien avec M. Pio Wennubst

Pio Wennubst
Pio Wennubst ambassadeur de Suisse auprès de la FAO à Rome

Avons-nous un problème d'approvisionnement au niveau mondial ? Si oui, pourquoi ?
Nous avons un problème mondial en ce qui concerne la faim. En 2021, tout comme en 2019 et en 2020, le nombre de personnes souffrant de la faim a augmenté pour atteindre 800 millions. Ce chiffre et les destins tragiques qui se cachent derrière sont inacceptables, surtout au vu de toute la nourriture qui est gâchée en parallèle. Nous avons donc un problème mondial dans la manière dont nous produisons et consommons la nourriture.


Afin d’obtenir des résultats, il faut une collaboration de tous les acteurs du système.

Le deuxième ODD demande d’éliminer la faim d'ici 2030. Nous en sommes actuellement très loin. La communauté internationale a-t-elle échoué ?
Rien ne sert d’enjoliver les choses : nous ne sommes pas sur la bonne voie pour parvenir à un monde sans faim. Mais il n'est pas si facile de déterminer où la communauté internationale a échoué. Les conflits et les conditions météorologiques extrêmes sont des causes évidentes des famines aiguës. Mais le problème est bien plus profond : nous sommes passés au cours des dernières décennies à un système alimentaire qui n'est pas durable, qui consomme trop d'énergie fossile, trop d'eau douce, et qui nuit trop à la biodiversité et aux sols. Nous sommes trop dépendants d'une production agricole qui se déséquilibre à la moindre perturbation. De plus, nous gaspillons trop de nourriture et nous ne consommons ni de manière durable ni de façon saine. Néanmoins, nous devons aussi nous rappeler que la révolution verte a réussi, à partir du milieu du siècle dernier, à approvisionner en nourriture une population mondiale en forte croissance et à sortir plusieurs millions de personnes de la faim. Pour finir, dans le monde, les jeunes ont trop peu de perspectives de gagner leur vie dans l'agriculture et les secteurs connexes. En bref, il est grand temps de changer les choses.

Que propose la FAO pour résoudre ces problèmes alimentaires ? Quelle est la position de la Suisse ?
Au sein de la FAO, qui, en tant qu'agence spécialisée des Nations unies, est en quelque sorte le reflet de la communauté internationale, il y a une prise de conscience qu'il n'est pas possible de continuer ainsi. Le Sommet sur les systèmes alimentaires de septembre 2021 l'a montré. Depuis lors, il est largement reconnu que nous avons besoin d'un changement fondamental de nos systèmes alimentaires. Au sein de la FAO, mais aussi d'organes apparentés comme le Comité de la sécurité alimentaire mondiale, des recommandations sont donc élaborées à l'intention des États membres. Un exemple à ce sujet : depuis l'année dernière, il existe des recommandations politiques (négociées d'ailleurs sous l'égide de la Suisse) pour un meilleur engagement des jeunes dans l'agriculture et l'alimentation. On y trouve des considérations sur la formation, l'accès au financement, l'utilisation des technologies numériques, la transmission des exploitations à la génération suivante, l'agroécologie ou la protection sociale des jeunes, mais aussi sur le renforcement des exploitations agricoles familiales. La Suisse soutient cette voie. Afin d’obtenir des résultats, il faut une collaboration de tous les acteurs du système : les agriculteurs, les fournisseurs d’agents de production, les transformateurs, mais aussi la politique, l'administration, la société civile, la communauté scientifique, sans oublier chacun d'entre nous en tant que consommateur.

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